Un nouvel écho retentissant se propage dans le terrain virtuel tentaculaire : la LIBRE COOPÉRATION. Une voix qui appelle les « tribus perdues » au rassemblement, et avoue être une proposition utopique et urgente, située au bord de l'abîme social et culturel.
Tous ont accueilli cet appel avec exubérance.
Dans le soi-disant Centre, dans les Camps, et dans les Périphéries, la majorité des gens ont ressenti une urgence cognitive accélérée en réponse aux images et aux reproductions des événements du 11 septembre. Deux ans et demi se sont écoulés, et l'espace public est maintenant sous occupation. Alors que le Centre est contrôlé par les forces policières, les Périphéries le sont par l'armée. Pendant la manifestation contre la guerre en Iraq tenue le 20 mars à Manhattan, les forces de l'ordre séparaient les manifestants, en les tenant à l'écart les uns des autres, dans différents pâtés de maisons. Dans les territoires occupés à travers le monde, les espaces communs sont bloqués par un filet de postes de contrôle.
Incitée par différentes formes de terreur, l'anxiété et la peur génèrent une réalité statique, binaire, et contradictoire, prise en otage par les dirigeants politiques, et qui résulte en une paralysie, une suffisance, et un abandon de l'espace commun. Ainsi, l'espace délaissé s'effondre violemment dans les réseaux du néo-libéralisme, une idéologie dominante, sous laquelle la dignité humaine devient dépravée.
Cet état d'existence misérable cause des gestes de terreur futile réciproques, où la multitude est victime d'une oppression insensée. Cependant, on ne doit pas oublier qu'il n'existe aucune ressemblance entre ceux qui habitent le Centre et ceux qui parcourent les Périphéries. L'endroit civil étant terrorisé, une quasi-zone de guerre, le virtuel est proposé comme agora civilisée. C'est ici, dans le virtuel, que l'égalité règne pour tous ceux qui peuvent y accéder. C'est un « nouveau Sion » abordable pour les élus qui résident majoritairement dans le Centre privilégié. Cette terre d'abondance n'est pas une idée futuriste, mais bien une réalité matérielle. Cet endroit inclusif produit des conditions propices à la coopération, à la contemplation, au libre échange d'idées, à la production artistique ainsi qu'à d'autres possibilités, parmi lesquelles celle de l'exil interne.
De plus, les moyens technologiques avancés de production industrielle occasionnent une transformation dans les relations traditionnelles entre les producteurs artistiques et culturels et les moyens sociaux de production. Ce changement fondamental équipe les producteurs culturels d'une perspective de travail sans exclusive : créer avec les moyens de productions disponibles, abolir la valeur spéculative de l'échange artistique, et réaliser des œuvres étiquetées de valeurs sociales utilisables.
L'horizon des œuvres culturelles à valeur utilisable dans le contexte de la libre coopération est très vaste. Cependant, s'investir dans un tel effort implique un engagement politique et humain, contrastant avec l'engagement du secteur commercial envers des œuvres non sociales ou sociales seulement en apparence.
La production culturelle qui cherche à acquérir une valeur humaine utilisable est incorporée dans le domaine social et politique, tel que je tente de le faire dans mon travail ( http://www.horit.com//machsomwatch.htm ).
Le territoire occupé de la Cisjordanie est défiguré par des centaines de postes de contrôle.
Le système d'intervention de l'espace commun palestinien est envahissant. Il est établi pour harceler et pour humilier les Palestiniens afin qu'ils ralentissement leurs efforts dans la lutte contre l'occupation. Plutôt que de combattre la terreur, ces postes de contrôles l'encouragent, en changeant des êtres humains en objets d'oppression sans défense et en les poussant au désespoir total. Ces barrières militaires de transit sont transparentes et non existantes pour les Israéliens juifs demeurant dans les mêmes territoires. L'intervention inhumaine dans la vie quotidienne des Palestiniens a forcé la création d'un groupe non-hierarchique de collaboratrices israéliennes de tous horizons et de tous âges. Alors que la majorité des citoyens israéliens se complaisent, le Machsomwatch (groupe de femmes pour les droits de la personne) surveille les postes de contrôle et intervient auprès des Palestiniens, et ce, à des intervalles réguliers. Dénuées de tout intérêt politique spécifique, les femmes écrivent des rapports détaillés et des témoignages, et les affichent sur une liste commune sur Internet, créant ainsi des archives pour le futur.
Qu'elle est la fonction de témoignage physique et matérielle de cette collaboration?
Chaque collaboratrice apporte son point de vue personnel, et la collaboration du groupe est basée sur l'accord unanime. Par conséquent, il ne se consacre pas à une idéologie politique spécifique. Ainsi, en s'opposant clairement au gouvernement israélien qui traite cruellement les Palestiniens, le groupe ne se commet à aucune position politique quant à l'occupation des territoires palestiniens par les Israéliens. Cependant, au fur et à mesure que les événements se déroulent, les collaboratrices multiplient leurs interventions auprès des postes de contrôle, négociant avec les soldats israéliens. Dans de nombreuses circonstances, elles tentent d'éviter que les enfants palestiniens qui lancent des pierres aux soldats israéliens, ne soient atteints par des balles, comme c'est le cas, par exemple, au poste de contrôle Qalandia près de Jérusalem. Cet engagement physique, risqué et courageux, aux postes de contrôle, ainsi que la collaboration active dans le monde virtuel, servent de modèle qui pourrait se reproduire dans d'autres lieux publics où règne la tension.
Toute production artistique créée dans une économie néo-libérale, qu'elle soit dissidente, engagée, politique ou sociale, une fois insérée en tant qu'objet dans des endroits luxurieux, définis comme des lieux d'art, annule l'intention créative. D'autre part, contourner les structures du domaine de l'art, se métamorphoser en virtuel, et s'impliquer dans l'espace commun au moyen d'un art politique et social, pourrait provoquer une remise en question du concept dominant de« ce qui est l'Art », à l'ère politique où l'hostilité se fait sentir dans le domaine public.
Cependant, n'oublions pas la position privilégiée des producteurs culturels du Centre et des Camps, qui ont le privilège de l'inclusion, en contraste marqué à ceux des Périphéries qui sont exclus de cette évaluation.